Le krama, le tissu aux mille usages du Cambodge - Les carnets de voyage de la céramique

Publié le 9 février 2026 à 09:00

Au Cambodge, il suffit de marcher quelques minutes dans un village, sur un marché ou le long d’une route pour croiser le krama. Noué autour de la tête, posé sur l’épaule ou transformé en sac improvisé, ce simple morceau de coton accompagne le quotidien des Khmers, tous âges confondus. Hommes, femmes, enfants : chacun a le sien, souvent usé, parfois neuf, mais toujours pratique.

 

Pêcheur sur le Tonlé Sap portant un Krama, 2021 - Fisherman on the Tonlé Sap wearing a Krama, 2021

 

On ne sait pas exactement quand le krama est apparu, mais il fait partie du paysage cambodgien depuis des siècles. Dès la fin du XIIIᵉ siècle, l’ambassadeur chinois Zhou Daguan, de passage au Cambodge en 1296-1297, mentionne déjà ces tissus noués portés par les habitants. Depuis, le krama a traversé les époques sans jamais disparaître.

Aujourd’hui, il est à la fois un symbole de l’identité khmère et un véritable couteau suisse du quotidien. On l’utilise pour se protéger du soleil, comme écharpe, ceinture, jupe de fortune, porte-bébé, sac pour transporter quelques affaires, ou même serviette. Dans les campagnes, il sert aussi bien aux travaux des champs qu’aux pauses à l’ombre. Chaque krama raconte un usage, une habitude, un petit moment de vie.

Son motif est facilement reconnaissable : de petits carreaux en damier, généralement blancs, associés au bleu ou au rouge. Autrefois, les couleurs pouvaient indiquer la région d’origine, selon les teintures disponibles localement. Aujourd’hui, on en trouve de toutes les couleurs, vendus sur les marchés, dans les échoppes de rue ou en souvenir pour les voyageurs.

Côté dimensions, il n’existe pas de format unique, mais le plus courant mesure environ 70 cm de large pour 1,40 m de long. Suffisant pour s’enrouler autour de la tête, porter un enfant ou improviser un sac. Simple en apparence, le krama est l’un de ces objets du quotidien qui en disent long sur un mode de vie : pratique, adaptable, profondément ancré dans la culture locale.

 

Vendeuse de légume portant un Krama autour de la tête, 2023 - Vegetable vendor wearing a Krama around her head, 2023

The Krama, Cambodia’s multipurpose fabric

In Cambodia, it only takes a short walk through a village, a market, or along a dusty road to spot the krama. Tied around the head, draped over a shoulder, or turned into an improvised bag, this simple cotton cloth is part of everyday life for Khmer people of all ages. Men, women, and children all carry one — sometimes worn and faded, sometimes brand new, but always useful.

 

Pêcheur portant son Krama sur l'épaule dans la région de Siem Reap, 2023 - Fisherman carrying his Krama over his shoulder in the Siem Reap region, 2023

 

No one knows exactly when the krama first appeared, but it has been part of the Cambodian landscape for centuries. As early as the late 13th century, the Chinese envoy Zhou Daguan, who visited Cambodia in 1296–1297, described pieces of cloth tied and worn by the local population. Since then, the krama has survived through the centuries, adapting to each generation.

Today, the krama is both a symbol of Khmer identity and a practical everyday tool. It is used as protection from the sun, as a scarf, belt, makeshift skirt, baby carrier, bag for carrying small items, or even as a towel. In rural areas, it accompanies people in the fields as well as during rest breaks in the shade. Each krama reflects a habit, a gesture, a moment of daily life.

Its pattern is easy to recognize: small checkered squares, often in white combined with blue or red. In the past, colors could indicate a person’s region of origin, depending on the natural dyes available locally. Today, kramas come in every color imaginable and are sold in markets, street stalls, and souvenir shops.

There is no single standard size, but the most common krama measures around 70 cm wide and 1.40 meters long. Big enough to wrap around your head, carry a child, or fashion into a bag, this humble piece of fabric says a lot about Cambodian life: practical, adaptable, and deeply rooted in tradition.