Le bouddhisme au Cambodge, entre spiritualité et quotidien - Les carnets de voyage de la céramique

Publié le 16 février 2026 à 09:00

Au Cambodge, le bouddhisme n’est pas seulement une religion : c’est une présence discrète mais constante dans la vie quotidienne. Il suffit d’entendre les chants au lever du jour, de voir les bonzes en robe safran marcher en silence pour recevoir les offrandes, ou d’observer les familles rassemblées dans une pagode pour comprendre à quel point cette tradition structure la société.

 

Bonze marchant sur le pont temporaire reliant Angkor Wat, 2022 - Monk walking on the temporary bridge connecting Angkor Wat, 2022

 

Le bouddhisme peut se résumer comme un enseignement fondé sur la discipline, un équilibre entre compréhension et pratique. La réflexion seule ne suffit pas, pas plus que les gestes répétés sans conscience. L’objectif est d’avancer sur un chemin personnel pour mieux comprendre la réalité, dépasser l’ignorance et se libérer de la souffrance. Selon cette vision, la vie est un cycle de renaissances successives marqué par la vieillesse, la maladie et la mort. Chacun est responsable de ses actes, car il n’existe pas de dieu créateur : ce sont nos choix qui façonnent notre destinée.

Au Cambodge, c’est le bouddhisme theravada — la forme la plus ancienne de cette tradition, apparue dès le Ier siècle avant notre ère — qui est pratiqué. Ses enseignements, rédigés en langue pâli et conservés dans un canon resté presque inchangé depuis près de deux mille ans, insistent sur l’effort individuel. Le chemin vers la libération est long, exigeant, et profondément personnel. Le Cambodge partage cette tradition avec le Sri Lanka, la Thaïlande, le Myanmar ou encore le Laos bien qu’il y ait des diversités de pratique dû à la culture et à la politique des pays pratiquants.

Mais l’histoire récente a profondément marqué la pratique religieuse. Entre 1975 et 1979, sous le régime des Khmers rouges, la religion fut interdite. Les pagodes furent fermées, les bonzes forcés de quitter leur robe pour travailler dans les rizières, et une immense partie d’entre eux disparut. Lorsque le bouddhisme theravada fut rétabli comme religion d’État en 1989, il fallut reconstruire non seulement les temples, mais aussi la transmission des savoirs.

 

Offrandes aux esprits issu de traditions animistes, temple Angkor Thom, 2023 -Offerings to spirits from animist traditions, Angkor Thom temple, 2023

 

Aujourd’hui encore, on ressent les traces de cette rupture. Les cérémonies et les rituels occupent une place importante dans la vie des familles, mais leur signification profonde est parfois moins connue. La pratique s’est transmise par les gestes, par l’habitude, par la tradition familiale.

Dans la culture khmère, la notion de karma influence fortement la manière de percevoir les épreuves. Les difficultés sont souvent vues comme le résultat d’actions passées, dans cette vie ou dans une autre. Cette vision peut conduire à une forme de fatalisme, mais aussi à une volonté d’agir avec justesse pour préparer une réincarnation plus favorable.

Le bouddhisme cambodgien ne vit pas isolé : il s’entremêle à des croyances plus anciennes, héritées de traditions animistes du peuple Mundas. Esprits protecteurs ou malveillants, rituels d’apaisement, bénédictions, changements de prénom pour éloigner le malheur… Ces pratiques coexistent naturellement avec l’enseignement bouddhiste.

Voyager au Cambodge, c’est ainsi découvrir une spiritualité vivante, parfois silencieuse, parfois très visible, mais toujours profondément ancrée dans le quotidien. Entre tradition, histoire et adaptation, le bouddhisme cambodgien raconte une société qui cherche l’équilibre entre héritage et reconstruction.

 

pagode Putkiri et ses 84000 Bouddha en or, province de Takéo, 2022 - Putkiri Pagoda and its 84,000 golden Buddhas, Takeo Province, 2022

Buddhism in Cambodia: Between Spirituality and Daily Life

Ceramics travel journals 

In Cambodia, Buddhism is not just a religion; it is a quiet yet constant presence in everyday life. Hearing morning chants at dawn, watching monks in saffron robes walking silently to receive offerings, or seeing families gathered inside a pagoda reveals how deeply this tradition shapes society.

 

Offrande à l'esprit Ta Dumbong, créateur de la ville de Battambang, 2023 - Offering to the spirit Ta Dumbong, creator of the city of Battambang, 2023

 

Buddhism can be understood as a teaching grounded in discipline — a balance between understanding and practice. Reflection alone is not enough, nor are repeated gestures performed without awareness. The goal is to move forward on a personal path to better understand reality, overcome ignorance, and free oneself from suffering. According to this vision, life is a cycle of successive rebirths marked by aging, illness, and death. Each individual is responsible for their actions, as there is no creator god; it is our choices that shape our destiny.

In Cambodia, the practiced tradition is Theravada Buddhism — the oldest form of Buddhist teaching, dating back to the 1st century BCE. Its scriptures, written in Pali and preserved in a canon that has remained nearly unchanged for almost two thousand years, emphasize individual effort. The path to liberation is long, demanding, and deeply personal. Cambodia shares this tradition with Sri Lanka, Thailand, Myanmar, and Laos, although practices vary depending on each country’s culture and political history.

However, recent history has profoundly marked religious practice. Between 1975 and 1979, under the Khmer Rouge regime, religion was banned. Pagodas were closed, monks were forced to leave their robes to work in the rice fields, and a large number of them perished. When Theravada Buddhism was reinstated as the state religion in 1989, it was necessary to rebuild not only temples but also the transmission of knowledge.

 

 

Even today, traces of this rupture remain. Ceremonies and rituals continue to play an important role in family life, yet their deeper meaning is sometimes less understood. Practice has often been passed down through gestures, habits, and family traditions.

In Khmer culture, the concept of karma strongly influences how people perceive hardship. Difficulties are often seen as the result of past actions, whether in this life or a previous one. This perspective can lead to a form of fatalism, but also to a desire to act rightly in order to prepare for a more favorable rebirth.

Cambodian Buddhism does not exist in isolation; it intertwines with older beliefs inherited from the animist traditions of the Mundas people. Protective or malevolent spirits, appeasement rituals, blessings, and even name changes to ward off misfortune coexist naturally with Buddhist teachings.

Traveling in Cambodia means discovering a living spirituality — sometimes quiet, sometimes highly visible — yet always deeply rooted in everyday life. Between tradition, history, and adaptation, Cambodian Buddhism reflects a society seeking balance between heritage and reconstruction.