NEANG SOKHA - Sculpture en grès
NEANG SOKHA
Sculpture en grès de noron
Dimensions : 27,5 L x 21 l X 27,8 H cm
Poids : 4,350 Kg
Le certificat d'authenticité et l'histoire de Neang Sokha sont fournis avec la sculpture.
Il est recommandé de venir chercher la sculpture sur place à l'atelier pour éviter les risques d'endommagement liés à une expédition par voie postale.
"Je m'appelle Neang Sokha. J’ai soixante-douze ans, mais parfois je sens que j’en ai cent. Mon corps me fait mal, mais ce n’est rien comparé à ce que mon cœur porte depuis tant d’années. J’habite seule, dans une petite maison en bois, non loin de Phnom Penh. Mes enfants sont partis. Certains ne sont pas loin, d’autres… je n’en sais rien. On ne parle pas beaucoup. J’ai l’impression que mon histoire leur fait peur.
Je n’ai jamais pu oublier. Je n’ai jamais pu faire comme si ça n’avait pas existé. Quand les Khmers rouges sont arrivés, j’ai perdu tout ce que j’aimais. Mes deux frères, mon père, disparus. Tués, sûrement. Mais je n’ai jamais su où. Aucun tombeau, aucune trace. Juste l’absence. Et moi, j’ai été emmenée avec d’autres femmes. On travaillait du matin jusqu’à la nuit, affamées, épuisées. J’ai vu des choses qu’aucun être humain ne devrait voir. Des enfants mourir pour un grain de riz. Des femmes battues pour une parole. Des gens creuser leur propre tombe.
Quand tout ça s’est arrêté, je pensais que la vie allait revenir. Mais la vie ne revient jamais comme avant. J’étais une autre. Je n’étais plus une femme, j’étais une carcasse vide qui avançait par habitude. J’ai eu des enfants, oui. Mais j’étais une mère abîmée. Je les ai aimés, bien sûr, mais j’étais souvent dure, silencieuse, enfermée dans mes souvenirs. Comment leur expliquer ce qu’on ne peut même pas dire avec des mots ? J’ai parfois l’impression que je leur ai transmis ma peur sans le vouloir.
Je suis bouddhiste, comme mes ancêtres. Je prie, j’allume de l’encens, je fais mes offrandes. Mais au fond de moi, il y a une colère que je n’ai jamais su apaiser. Pourquoi tant de souffrance ? Pourquoi moi ? Et pourquoi personne ne nous a jamais demandé pardon ?
Certains me disent : « Il faut tourner la page, grand-mère. » Mais comment tourner une page qui colle à la peau ? Je vis avec mes fantômes. Je dors peu. Les bruits forts me font sursauter.
Je ne suis pas amère. J’ai juste mal. Et je suis fatiguée. Je regarde le monde d’aujourd’hui, les jeunes qui rient, les téléphones, les motos, les magasins... et parfois je me demande si tout cela est réel, ou si c’est un rêve dont je vais me réveiller, encore une fois, dans un camp, les pieds dans la boue, le ventre vide.
Je voudrais croire en la paix. Je voudrais croire que mes souffrances ont servi à quelque chose. Mais je n’ai plus l’énergie. Je suis comme une vieille racine d’arbre : tordue, solide, mais fendue au cœur."